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Déclaration introductive le 4 mars 2010
Mesdames et messieurs, le vice-président et moi-même sommes très heureux de vous accueillir à cette conférence de presse. Nous allons à présent vous faire part des conclusions de la réunion du Conseil des gouverneurs qui s’est tenue aujourd’hui et à laquelle a également assisté M. Rehn, commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires.
Au terme de son examen régulier de la situation économique et monétaire, le Conseil des gouverneurs a décidé de laisser inchangés les taux d’intérêt directeurs de la BCE. Leur niveau actuel demeure approprié. Au vu de l’ensemble des informations et des analyses devenues disponibles depuis notre réunion du 4 février 2010, l’évolution des prix devrait rester modérée à l’horizon pertinent pour la politique monétaire. Les informations les plus récentes ont également confirmé que le processus de reprise économique dans la zone euro est engagé, même si cette reprise restera probablement irrégulière. Dans l’ensemble, le Conseil des gouverneurs s’attend à une croissance économique modérée dans la zone euro en 2010, dans un contexte marqué par une incertitude persistante. Les conclusions de l’analyse monétaire confirment le diagnostic de faibles tensions inflationnistes à moyen terme. Dans l’ensemble, nous estimons que la stabilité des prix sera maintenue à moyen terme, ce qui soutiendra le pouvoir d’achat des ménages de la zone euro. Les anticipations d’inflation restent solidement ancrées à un niveau compatible avec l’objectif du Conseil des gouverneurs de maintenir l’inflation à des taux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme.
Lors de la réunion qui s’est tenue aujourd’hui, nous avons également évoqué, compte tenu des évolutions économiques et de la situation sur les marchés financiers, la procédure à suivre en vue du dénouement progressif des mesures opérationnelles non conventionnelles. Nous avons décidé de continuer à réaliser tant les opérations principales de refinancement que les opérations de refinancement exceptionnelles dont la durée correspond à une période de constitution de réserves sous la forme d’appels d’offres à taux fixe, la totalité des soumissions étant servies, aussi longtemps que nécessaire et au moins jusqu’à la fin de la neuvième période de constitution de réserves de cette année, le 12 octobre 2010. En ce qui concerne les opérations de refinancement exceptionnelles, le taux fixe sera identique à celui retenu lors de l'opération principale de refinancement correspondante. Le Conseil des gouverneurs a également décidé de revenir à une procédure d’appels d’offres à taux variable pour les opérations régulières de refinancement à plus long terme d'une durée de trois mois, en commençant par l'adjudication du 28 avril 2010. Les montants alloués lors de ces opérations seront définis de façon à assurer des conditions équilibrées sur les marchés monétaires et à éviter des écarts importants entre les taux de soumission et le taux en vigueur pour les opérations principales de refinancement. En outre, le Conseil des gouverneurs a décidé, conformément à sa décision relative à l’opération de refinancement à plus long terme d’une durée d’un an du 16 décembre 2009, d’appliquer, lors de l’opération de refinancement à plus long terme à six mois dont l’adjudication s’effectuera le 31 mars 2010, un taux égal à la moyenne des taux de soumission minimums des opérations principales de refinancement effectuées sur la durée de l’opération.
Par les décisions prises aujourd’hui, l’Eurosystème continue de fournir au système bancaire de la zone euro un soutien en liquidité à des conditions très favorables, facilitant ainsi l’octroi de crédits à la zone euro. Dans le même temps, ces décisions permettent d’éviter les distorsions liées au maintien des mesures non conventionnelles plus longtemps que nécessaire. Le Conseil des gouverneurs continuera de procéder au dénouement progressif des mesures exceptionnelles d’apport de liquidité. Afin de contrer efficacement toute menace pesant sur la stabilité des prix à moyen et long termes, la liquidité fournie sera absorbée en temps utile. En conséquence, nous continuerons de suivre très attentivement l’ensemble des évolutions au cours de la période à venir.
Permettez-moi à présent d’expliquer notre évaluation plus en détail, en commençant par l’analyse économique. Au cours des derniers trimestres, la zone euro a continué de profiter des vastes plans de relance macroéconomique mis en œuvre et des mesures prises pour rétablir le bon fonctionnement du système bancaire, ainsi que de la reprise en cours de l’économie mondiale. Selon la première estimation d’Eurostat, le PIB en volume de la zone euro a progressé de 0,1 % en rythme trimestriel au quatrième trimestre 2009, après 0,4 % au troisième trimestre. Les informations disponibles indiquent que le processus de reprise économique dans la zone euro est engagé, même si cette reprise demeurera probablement irrégulière. En particulier, un certain nombre de facteurs spécifiques sont à l’œuvre, notamment de mauvaises conditions météorologiques dans certaines parties de la zone euro au premier trimestre 2010. Compte tenu de ce profil irrégulier, il est plus pertinent de faire abstraction de la volatilité trimestrielle et de comparer les évolutions de la croissance sur une base semestrielle. En ce qui concerne l’avenir, le Conseil des gouverneurs estime que la croissance du PIB en volume demeurera modérée en 2010, en raison du processus d’ajustement en cours des bilans dans différents secteurs et d’anticipations selon lesquelles la faible utilisation des capacités de production risque d’affaiblir l’investissement et la consommation d’être freinée par les perspectives médiocres du marché du travail.
Ce scénario ressort également des projections macroéconomiques de mars 2010 établies par les services de la BCE pour la zone euro, qui tablent sur une croissance annuelle du PIB en volume comprise entre 0,4 % et 1,2 % pour 2010 et entre 0,5 % et 2,5 % pour 2011. Par rapport aux projections de l’Eurosystème publiées en décembre 2009, la fourchette de croissance du PIB pour 2010 est légèrement plus resserrée, tandis que celle relative à 2011 a été revue en légère hausse, reflétant une activité économique mondiale nettement plus robuste.
Le Conseil des gouverneurs considère toujours que les risques pesant sur ces perspectives demeurent globalement équilibrés, dans un contexte marqué par une incertitude persistante. S’agissant des aspects positifs, la confiance pourrait s’améliorer davantage qu’attendu, et l’économie mondiale ainsi que les échanges extérieurs pourraient se redresser plus fortement que prévu. De plus, les effets des vastes plans de relance macroéconomique et des autres mesures prises par les autorités pourraient être plus importants qu’anticipé. En revanche, des inquiétudes subsistent quant à des interactions négatives plus fortes ou de plus longue durée qu’attendu entre l’économie réelle et le secteur financier, à de nouvelles hausses des cours du pétrole et des autres matières premières, à l’intensification des pressions protectionnistes et à un regain de tensions sur certains compartiments du marché financier, ainsi qu’à la possibilité d’une correction désordonnée des déséquilibres mondiaux.
En ce qui concerne l’évolution des prix, selon l’estimation rapide d’Eurostat, la hausse annuelle de l’IPCH de la zone euro s’est établie à 0,9 % en février 2010 après 1,0 % en janvier. L’inflation devrait se situer aux alentours de 1 % à court terme et rester modérée à l’horizon pertinent pour la politique monétaire. Reflétant la lente reprise de la demande intérieure et extérieure, l’évolution des prix, des coûts et des salaires devrait rester modérée dans l’ensemble. Dans ce contexte, il faut souligner que les anticipations d’inflation à moyen et long termes demeurent solidement ancrées à un niveau compatible avec l’objectif du Conseil des gouverneurs de maintenir l’inflation à des taux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme.
Ce scénario ressort également des projections macroéconomiques de mars 2010 établies par les services de la BCE pour la zone euro, qui tablent sur une hausse annuelle de l’IPCH comprise entre 0,8 % et 1,6 % pour 2010 et entre 0,9 % et 2,1 % pour 2011. Par rapport aux projections de l’Eurosystème publiées en décembre 2009, la fourchette pour 2010 a été légèrement révisée à la baisse, tandis que celle pour 2011 a été revue en légère hausse.
Les risques pesant sur ces perspectives restent globalement équilibrés. Ils sont notamment liés aux évolutions à venir de l’activité économique et des cours des matières premières. En outre, les relèvements de la fiscalité indirecte et des prix administrés pourraient être plus importants que prévu actuellement, en raison de l’assainissement budgétaire auquel il faudra nécessairement procéder dans les prochaines années.
S’agissant de l’analyse monétaire, le taux de croissance annuel de M3 est devenu légèrement positif en janvier 2010, atteignant 0,1 %. Cette évolution reflète principalement un effet de base et confirme l’évaluation d’une croissance monétaire toujours faible. Conjuguées au taux de croissance annuel négatif des prêts au secteur privé ( 0,6 % en janvier 2010), les dernières données confortent le diagnostic d’un rythme d’expansion monétaire sous-jacent modéré et de faibles tensions inflationnistes à moyen terme liées aux évolutions monétaires. La croissance de M3 et des prêts au secteur privé devrait rester faible au cours des prochains mois également.
Dans le même temps, les évolutions monétaires effectives devraient être plus faibles que le rythme d’expansion monétaire sous-jacent, en raison de l’incidence baissière exercée par la pente accentuée de la courbe des rendements. Cette évolution favorise les mouvements de report au détriment de M3 vers les dépôts et les titres à plus long terme. Par ailleurs, les écarts réduits entre les taux appliqués aux différents instruments de M3 engendrent un faible coût d’opportunité de la détention de fonds dans les composantes les plus liquides incluses dans l’agrégat M1, qui a continué de progresser à un rythme annuel soutenu de plus de 11,5 % en janvier.
La croissance annuelle négative des prêts au secteur privé masque la poursuite d’évolutions opposées : l’une, positive, avec le renforcement de la progression annuelle des prêts aux ménages et l’autre, négative, avec le recul de la croissance annuelle des prêts aux sociétés non financières. Ces divergences sont conformes aux profils d’évolution historiques et aux régularités cycliques, ce qui laisse présager que la croissance des prêts aux sociétés non financières devrait demeurer faible durant un certain temps après le redressement de l’activité économique. Parallèlement, le coût du financement des entreprises a diminué et l’ensemble du secteur a continué de substituer dans une large mesure les financements de marché aux prêts bancaires.
Les banques ont continué de réduire la taille de leur bilan au cours des tout derniers mois, mais elles demeurent confrontées au défi qui consiste à opérer cet ajustement tout en assurant l’accès du secteur non financier au crédit. Pour relever ce défi, elles doivent mettre à profit l’amélioration des conditions de financement pour renforcer encore leur assise en fonds propres et, le cas échéant, tirer pleinement profit des mesures de soutien prises par les pouvoirs publics en faveur de leur recapitalisation.
En résumé, le niveau actuel des taux directeurs de la BCE demeure approprié. Au vu de l’ensemble des informations et des analyses devenues disponibles depuis notre réunion du 4 février 2010, l’évolution des prix devrait rester modérée à l’horizon pertinent pour la politique monétaire. Les informations les plus récentes ont également confirmé que le processus de reprise économique dans la zone euro est engagé, même si cette reprise demeurera probablement irrégulière. Dans l’ensemble, le Conseil des gouverneurs s’attend à une croissance économique modérée dans la zone euro en 2010, dans un contexte marqué par une incertitude persistante. Le recoupement des conclusions de l’analyse économique avec celles de l’analyse monétaire confirme le diagnostic de faibles tensions inflationnistes à moyen terme. Dans l’ensemble, nous estimons que la stabilité des prix sera maintenue à moyen terme, ce qui soutiendra le pouvoir d’achat des ménages de la zone euro. Les anticipations d’inflation restent solidement ancrées à un niveau compatible avec l’objectif du Conseil des gouverneurs de maintenir l’inflation à des taux inférieurs à, mais proches de 2 % à moyen terme.
S’agissant des politiques budgétaires, les niveaux élevés de déficit et de dette publics font peser une charge supplémentaire sur la politique monétaire et compromettent le Pacte de stabilité et de croissance, qui constitue un pilier essentiel de l’Union économique et monétaire. Il est primordial que dans son programme de stabilité, chaque pays de la zone euro définisse clairement les stratégies de sortie de crise et d’assainissement budgétaire pour la période à venir. Cela nécessite des efforts déterminés, en particulier de la part des pays présentant des niveaux élevés de déficit et de dette. Tous les pays seront tenus de respecter leurs engagements au titre de la procédure concernant les déficits excessifs. L’assainissement des finances publiques devrait débuter au plus tard en 2011 et devra aller bien au-delà de l’exigence minimale de 0,5 % du PIB par an fixée dans le Pacte de stabilité et de croissance. Il faut mettre fortement l’accent sur les réformes des dépenses publiques. Le Conseil des gouverneurs a publié le 3 mars 2010 une déclaration sur les mesures d’assainissement budgétaire supplémentaires annoncées par le gouvernement grec.
Dans tous les pays de la zone euro, le principal défi qui devra être relevé pour renforcer une croissance soutenable et favoriser la création d'emplois consiste à accélérer les réformes structurelles. Il convient d’adopter des politiques de nature à développer l’accès au marché et à renforcer la concurrence. Dans l’ensemble, il est essentiel de favoriser l’investissement à long terme dans l’innovation afin de créer de nouvelles opportunités pour les entreprises. Les dispositifs de soutien sectoriel mis en œuvre pour remédier aux effets immédiats de la crise devraient à présent être progressivement levés. Sur les marchés du travail, le recours à une politique de modération salariale dans plusieurs économies et une flexibilité suffisante sont nécessaires pour éviter une hausse du chômage structurel au cours des prochaines années. Ces réformes structurelles doivent être soutenues par une restructuration appropriée du secteur bancaire. Des bilans sains, une gestion efficace des risques et des modèles d’activité transparents et robustes sont essentiels pour renforcer la résistance des banques aux chocs, assurer un accès adéquat au financement et mettre ainsi en place les fondements propres à assurer durablement la croissance économique et la stabilité financière.
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